Les Coques en bois au Bois de la Chaise

Belle participation des Coques en bois aux dernières Régates du Bois de la Chaise des 5, 6 et 7 août dernier avec la présence échelonnée selon les jours, de 11 bateaux, dont un de la Cale2l’île, basé à Pornic (1).

Entamées par une navigation vers Le Pilier suivie d’un BBQ offert par la Scip, association qui restaure le site, ancien sémaphore né avec le système de télécommunication inventé par Claude Chappe au XVIIIe siécle, les régates se sont poursuivies durant tout ce week-end ensoleillé, par des longs bords devant la Plage des Dames. Ces régates ont été marquées par la remontée jusqu’à Noirmoutier en l’île, où s’est déroulé le traditionnel et excellent repas des équipages.

Bien sûr le dernier jour a vu les bateaux venir à l’échouage Plage des Dames pour le plus grand bonheur des photographes mais aussi des marins qui ont pu vanter les mérites de leurs bateaux respectifs ! A noter la présence du sinago Joli Vent et de la yole de Bantry du Pays Bigouden, Spered ar mor. On espère voir cette dernière à Pornic lors d’un prochain rassemblement Coques en bois…

JCLB

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Photos : Joëlle Edeb

(1) Loriot, Danièle, Point-du-jour, Binga, Misaine, Timama, Saint-Gildas, Libertalia, Dahut, Zig-Zag et Amphitrite

« Le grand marin », un livre grand.

Un extrait de poème de Walt Whitman, le grand poète américain du XIXe siècle, malheureusement non traduit et non sourcé (1), sert d’exergue à ce roman déjà couronné par de nombreux prix dans des festivals de livres de mer ou de voyages. Whitman, cousin par le contenu de ses poèmes de Henry David Thoreau et de Ralph Waldo Emerson, premiers penseurs écologistes américains avant l’heure et chantres de la Nature, libre et sauvage. Et dans « Le grand marin », c’est bien de cela qu’il s’agit avec la mer d’Alaska comme personnage omniprésent. Mais pas n’importe quelle mer : la mer nourricière, celle des pêcheurs palangriers de morues noires et de flétans d’un mètre minimum.
Toutefois ce roman n’est pas un énième récit testimonial de pêcheur retraité. Non, c’est un hommage à la vie rude de ces marins des mers froides, écrit par une femme qui a pratiqué le métier, au milieu de ces rudes gaillards, pendant dix ans et qui donne encore plus de poids à ce livre. Les phrases courtes claquent comme des paquets d’embruns glacés en pleine figure ; les mots sont tranchants comme un couteau à éviscérer les flétans. Les pages sentent le gazole, l’odeur fétide des carrés d’équipage, le musc des hommes et les tripes de poissons. Les hommes gueulent, les oiseaux de mer crient, le vent hurle, la mer gronde, le bateau roule et tangue.
Impossible de ne pas penser à Anita Conti en lisant ce livre, cette première femme océanographe, embarquée juste après-guerre sur le chalutier « Bois Rosé » de Fécamp pour étudier la pêche à la morue sur les Grands bancs de Terre-Neuve. Ce qui donnera « Racleurs d’océan ». Il y a aussi du Redmond O’Hanlon, écrivain voyageur, et son « Atlantique Nord », dans la description du travail à bord de ces bateaux quand le poisson commande et que la mer bouillonne.
Mais à la différence de ces deux auteurs, Lili, la narratrice n’était pas payée pour observer. Non, elle c’est tout juste si l’armateur la paye car c’est une femme et une « greenhorn », une « bleue», et surtout elle, elle risque sa vie tous les jours en mer, mais aussi sur terre, dans les bistrots et les rues de Kodiak. Cette île, dernier Klondike du rêve américain, plantée devant Anchorage, qu’elle ne veut pas quitter, même pour rejoindre son « grand marin » parti vivre à Hawaï, au soleil, loin de la glace et des tempêtes de neige et surtout de la mer toujours rugissante.
Et c’est dans cette relation de liberté avec le dedans de l’âme et des bateaux et le dehors des rues que l’on comprend la référence à Walt Whitman. Lili, la petite Française sans papier, a les pieds bien campés sur le pont des bateaux de pêche, dont un en bois qu’il faut arroser pour qu’il ne débarre pas, mais la tête dans les étoiles et la liberté individuelle comme viatique ; malgré la menace des services de l’Immigration, malgré les quotas de pêche à respecter, malgré la faim, malgré le froid, malgré les palangres à boëtter, malgré les flétans plus grands qu’elle, à éviscérer. « Aussi longtemps que je vivrai maître de ma vie, non son esclave » (Waltt Whitman).
Quelle part d’autobiographie y-a-t-il entre le récit de Lili et la vraie vie qu’a mené celle qui la fait parler, Catherine Poulain ? Pour le savoir, rendez-vous à la librairie « L’encre bleue » de Pornic, pour la rencontrer vendredi 12 août à 19 heures. Une grande écrivaine pour un livre grand, « Le grand marin ». A lire absolument.
JCLB
(1) Il s’agit d’un extrait du poème « Issu de l’oscillante, l’incessante balance du berceau », dans le recueil « Drossé au sable », de la saga poétique de Walt Whitman, « Feuilles d’herbe ».

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